Libérer 1 000 000 000 000 000 000 000 : la voie du Maroc vers une croissance tirée par le secteur privé

Analyse experte du Diagnostic du Secteur Privé par Pays du Groupe de la Banque Mondiale au Maroc (mars 2026)
Le dernier Diagnostic du Secteur Privé par Pays (CPSD) de la Banque Mondiale pour le Maroc arrive à un moment charnière. Alors que le Royaume s'est engagé à porter l'investissement privé aux deux tiers de l'investissement total d'ici 2035, le Diagnostic trace une voie crédible, secteur par secteur. WL Advisory y voit à la fois une validation de la trajectoire de réforme du Maroc et une feuille de route plus précise que d'habitude pour le travail restant.
Un diagnostic fondé sur des chiffres
La situation macroéconomique du Maroc est bien connue : deux décennies de gestion macroéconomique rigoureuse, des investissements publics massifs dans les infrastructures et les énergies renouvelables, ainsi qu’une place centrale dans les stratégies européennes de « nearshoring ». Pourtant, l’investissement privé n’a pas suivi le rythme. Il ne représente encore qu’environ un tiers de l’investissement total, et les flux d’IDE oscillent autour de 1,3% du PIB — bien en deçà de pays voisins tels que l’Égypte (2,1%) ou de références ambitieuses comme le Portugal (3,2%). Le rapport de diagnostic soutient que cela constitue le principal frein à une croissance plus rapide et plus inclusive — et que lever ce frein permettrait de mobiliser jusqu’à $7,4 milliards de capitaux privés et de créer plus de 166 000 emplois dans quatre secteurs ciblés au cours des cinq à dix prochaines années.
Quatre secteurs, une stratégie
La discipline analytique de la CPSD réside dans la résistance à la tentation d'une longue liste de souhaits. Elle se concentre sur quatre secteurs où les avantages comparatifs du Maroc sont réels et où les goulets d'étranglement politiques sont diagnostiquables : la production solaire décentralisée, les textiles à faibles émissions de carbone, l'huile d'argan et les cosmétiques naturels, et l'aquaculture marine.
Le solaire décentralisé est considéré comme la plus grande opportunité à lui seul : environ $2,9 milliards d’investissements privés et 43 500 emplois, ainsi qu’une réduction d’environ 56 millions de tonnes de CO₂ sur trente ans. Les corridors industriels sont soumis à des tarifs d’électricité parmi les plus élevés de la région ; l’énergie solaire en réseau et les accords bilatéraux d’achat d’électricité (PPA) amélioreraient directement la compétitivité des industriels. Le frein réside dans la réglementation : les décrets d’application des lois n° 82-21 et n° 40-19 sont toujours en attente, les règles relatives à l’injection de l’énergie excédentaire manquent de clarté et le rôle des nouvelles Sociétés régionales multiservices reste mal défini.
Les textiles à faible empreinte carbone pourraient attirer $1,9 milliard et créer plus de 30 800 emplois en tirant parti de l'accès du Maroc au marché de l'UE, du corridor industriel Casablanca-Tanger et d'un coût horaire de la main-d'œuvre ($2,8) nettement inférieur à celui de ses homologues européens. Pour concrétiser cette opportunité, il faudra toutefois reclasser les chutes textiles en matières premières recyclables (et non en résidus), numériser les registres fonciers et cofinancer les certifications ESG pour les PME.
L'argan et les cosmétiques naturels, ainsi que l'aquaculture marine, complètent le portefeuille – tous deux ancrés dans des atouts territoriaux (la biosphère de l'argan inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO ; les côtes atlantique et méditerranéenne du Maroc) et dans l'emploi des femmes et des populations côtières. Dans chaque cas, les contraintes sont principalement procédurales : délais d'obtention des permis, infrastructure de traçabilité et coordination institutionnelle.
L'agenda transversal
Ce que nous trouvons le plus utile dans le Diagnostic est son identification de leviers communs aux quatre secteurs : une énergie abordable et bas-carbone, une infrastructure de circularité et de tra.
WL Advisory : marchés ouverts, oui — mais pas sans conditions
La prémisse sous-jacente du CPSD — à savoir que la suppression des obstacles réglementaires et procéduraux permettra de débloquer des capitaux privés — est une prémisse que nous partageons largement. Pourtant, chez WL Advisory, nous pensons que la question la plus honnête et la plus utile n'est pas de savoir s'il faut ouvrir les marchés à la concurrence, mais où, quand et à quelles conditions. Le bilan historique des économies de rattrapage réussies — de la Corée et du Japon à, plus récemment, le Vietnam, les Émirats arabes unis et même des segments de l'économie chinoise — n'est pas un bilan de libéralisation indiscriminée. C'est un bilan d'ouverture soigneusement séquencée, avec des secteurs stratégiques maintenus sous tutelle publique jusqu'à ce que les capacités, les infrastructures et les institutions réglementaires nationales soient suffisamment solides pour absorber la concurrence étrangère sans en être supplantées.
La même logique s'applique au Maroc. Certains des quatre secteurs mis en évidence dans le CPSD — le solaire décentralisé, le textile en paquet complet, les cosmétiques de marque naturelle — sont des candidats évidents à une ouverture accélérée : la concurrence y récompensera les avantages comparatifs existants du pays et attirera des investissements. D'autres, cependant, touchent de plus près à des questions de souveraineté nationale et de résilience à long terme. Les infrastructures énergétiques en réseau, l'eau, certains segments de la chaîne agroalimentaire, les chaînes de valeur liées à la biodiversité comme l'argan, et les écosystèmes côtiers fragiles soutenant l'aquaculture impliquent tous des dimensions de bien public que la logique pure du marché gère mal. Une libéralisation prématurée ou inconditionnelle risque la capture étrangère des rentes dérivées d'actifs uniques au Maroc, l'affaiblissement des modèles coopératifs et d'emploi rural construits sur des décennies, et l'érosion de la capacité de l'État à orienter les transitions — énergétiques, climatiques, territoriales — que les marchés seuls ne réaliseront pas dans les délais dont le pays a besoin.
Notre lecture de la PCDC n'est donc pas que le Maroc devrait réformer moins, mais qu'il devrait réformer avec une doctrine claire : quels secteurs sont des arènes compétitives où le rôle de l'État est d'être un arbitre juste et transparent ; et quels sont les arènes stratégiques où l'État reste un actionnaire actif, un gardien ou un co-investisseur. Cette distinction est ce qui protège les gains de développement de l'ouverture des déceptions observées ailleurs lorsque la libéralisation a devancé la capacité institutionnelle.
Le message clé de WL Advisory
Pour les investisseurs, la CPSD signale où la prime d'incertitude réglementaire se comprimera le plus rapidement — et, par implication, où elle ne le fera pas. Pour les décideurs politiques, elle offre une logique de séquençage : les décrets en attente, les guichets uniques d'investissement et les registres fonciers et de déchets numériques sont peu glamour mais à fort effet de levier. Pour les entreprises marocaines et les PME, les corridors de croissance de la prochaine décennie sont explicitement verts, circulaires et orientés vers l'exportation — mais les stratégies les plus résilientes seront celles qui seront construites en partenariat avec l'État plutôt que contre lui. WL Advisory continuera à soutenir ses clients dans leur positionnement sur ces quatre chaînes de valeur — de la faisabilité et de la structuration à la stratégie d'autorisation, à la conception de partenariats public-privé et à la préparation ESG.
Banque Mondiale, Maroc — Diagnostic-pays du secteur privé, mars 2026.
